L’espagnol parlé en Bolivie intègre de nombreux mots venus du quechua et de l’aymara, les deux grandes langues autochtones du pays aux côtés du guarani, qui figurent parmi les 36 langues officiellement reconnues par la Constitution de 2009 – même si dans les faits, le quechua est parlé par environ 2 millions de personnes et l’aymara par près de 1,7 million, très loin devant les autres langues indigènes. Le terme « guagua », qui désigne un bébé ou un jeune enfant, en est un exemple bien connu, tout comme certains noms de plantes, d’aliments ou d’objets du quotidien issus directement de ces langues.
Contrairement à une idée reçue, l’espagnol bolivien n’est pas uniforme sur tout le territoire. Dans les régions andines comme La Paz ou Cochabamba, le tutoiement classique avec « tú » domine, alors que dans les basses terres de Santa Cruz, on utilise couramment le « voseo », soit la forme « vos », plus proche de l’espagnol argentin voisin. Cette frontière linguistique n’est pas qu’une curiosité grammaticale : elle recoupe largement la division culturelle et parfois politique entre les « collas » des hauts plateaux andins et les « cambas » des plaines orientales, deux identités régionales dont les tensions ont nourri les débats sur l’autonomie de Santa Cruz dans les années 2000.
Une particularité andine surprend souvent les hispanophones d’autres pays : l’usage du vouvoiement « usted » dans un cadre pourtant très familier, y compris entre parents et enfants ou entre amis proches. Loin d’exprimer une distance, cet usage traduit ici une forme de respect et de tendresse dans certaines familles boliviennes, surtout dans les générations plus âgées et les régions rurales, un peu comme si en français on vouvoyait affectueusement ses propres parents.
Certaines expressions reviennent très fréquemment dans les conversations boliviennes, comme « ahorita » pour signifier « bientôt » ou « tout de suite » selon le contexte, ou encore « no más » et « pues », utilisés en fin de phrase pour adoucir une demande ou renforcer une affirmation. Se familiariser avec ces tournures aide grandement à mieux suivre les conversations sur place.